SAMEDI 5 MARS 2011
de 14h00 à 19h00

dans le cadre du cycle
"Le monologue du plaisantin"

Animation : Régis MOULU

Comédien présent :
Fabrice CASTAJON

Thème :

Interpré-
tation abusive et projection maladive
Il arrive à tous d'être de mauvaise foi en se concentrant surtout sur le problème des autres. Et de là à leur imaginer une histoire ou des caractéristiques qui nous arrangent bien et que l'on peut même transformer à notre guise, il n'y a qu'un pas que nous allons allégrement franchir, juste pour rire !

… Ou quand les dérives psychologiques sont au service de la création !

Remarque : au-delà de la contrainte formelle (thème), le sujet "je ne suis pas le monstre que vous croyez" a été proposé en début de séance.
Pour stimuler et renforcer l'écriture de chacun, un support sur les techniques d'interprétation, de projection et de manipulation a été distribué... En sus, un "syllabus" présentant les techniques de l'écriture théâtrale comique a été remis aux primo arrivants. C'est trop top cool, non ?!

 

 

 

 

 

 

 

 




 

 

 


Ci-après quelques textes produits durant la séance, notamment (dans l'ordre):

- "Cannelle" d'Angeline LAUNAY

- "Où est le monstre ?" de Nadine CHEVALLIER

- "Tumulte dans un crâne" de Janine NOWAK


Fabrice CASTAJON endossant un texte qui rend rouge de peur !
(coll. Janine NOWAK)


"Cannelle" d'Angeline LAUNAY


… Cette soirée chez Pierre-Jacques… Dès l'entrée, j'avais remarqué que des bâtons de cannelle empestaient au fond d'un gros cendrier. Sur la table de la salle à manger, des bougies parfumées à la cannelle diffusaient leur insidieuse senteur. Le repas a commencé par une assiette de lamelles de navet abondamment saupoudrées de cannelle. Je me suis retenue pour ne pas demander les toilettes. Le plat de résistance était une volaille copieusement arrosée d'une sauce brunâtre au curry et… à la cannelle. Les enfants qui dînaient à la cuisine, ingurgitaient des cannelloni-cannelle.
Il se trouve que j'ai une aversion pour la cannelle et donc, j'ai été piégée jusqu'à la moelle. Tant pis pour les hôtes ! Ils m'avaient poussée à la faute… J'ai débuté les hostilités en évoquant le parfum de cette Anglaise givrée qui n'a rien trouvé de mieux que de se présenter à une soirée vêtue de sacs-poubelle… " Eh bien, Vivien Westwood a créé un somptueux flacon pour le remplir d'une écoeurante odeur de cannelle… Et on appelle ça un parfum ! "
Pierre-Jacques a feint de ne pas saisir mon allusion. Sa femme n'a pas pipé mot. J'ai fini par avouer que j'avais la cannelle en horreur. Là, Pierre-Jacques a quand même réagi et m'a proposé des œufs au plat. Je lui ai fait remarquer qu'on n'était pas au petit déjeuner et que la morale stoïcienne se résumait à " Supporte et abstiens-toi ". Cela ne m'a pas empêchée de tout fustiger : la teinte " moutarde " de la moquette, le grillon en faïence épinard-tomate, la cheminée en carton-pâte et, sur cette même cheminée, les trois pichets dans le même style que le grillon. J'ai proféré un avis très mitigé sur le dessert (crumble aux pommes à la cannelle - ben voyons...). Quant à la musique, j'ai déclaré qu'elle me faisait penser à l'ambiance à laquelle on pourrait s'attendre sur une île infestée de scorpions, au large du Yémen.
Au bout d'un moment, j'ai bien senti que les invités s'interrogeaient du regard… Certains même devaient se demander s'ils avaient été conviés à un jeu de massacre dont les règles leur auraient échappé. Pierre-Jacques s'est brusquement levé pour se lancer dans un solo de percussions qui a plombé les conversations. Etait-ce inten-tionnel… Puis il a mimé un combat de boxe en découvrant une dentition irrépro- chable. Je me suis dit que s'il devait mordre quelqu'un, il n'hésiterait pas à jeter son dévolu sur moi… Je ne sais pas pourquoi, j'ai pensé qu'une morsure au talon serait un moindre mal…
Sa femme s'est mise à hoqueter violemment. On s'est tous précipité avec une serviette en papier à la main, ça a failli l'étouffer. C'est alors que P.-J. s'est révélé sous son vrai jour… Il a foncé vers le meuble du fond de la pièce et en a sorti une peau de gorille des montagnes qu'il a revêtue. Puis, prenant son élan, il a sauté sur la table. Je lui ai fait remarquer qu'il serait plus à l'aise nu-pieds…Pierre m'aurait assommée pour moins que ça mais Jacques fut retenu par les sentiments. C'est alors que cet animal fougueux me tendit une patte velue…
Décor : la jungle de Bornéo… Je me trouvais aux prises avec un pseudo grand primate… Dans ses bras puissants, j'exécutai des figures aléatoires, sensées s'apparenter à une danse, en tentant d'éviter un plat de fonds d'artichauts dont il n'était plus besoin de préciser l'arome - la surprise du chef - et le chef, justement, allait sûrement me faire payer cher tous les affronts que je n'avais pas manqué de lui faire subir sous son propre toit ! Autour de nous, l'assemblée poussait des cris gutturaux en se frappant le torse. L'étau se resserrant, je commençais à suffoquer. Des mots que je fus seule à entendre me parvinrent à l'oreille : " Petite garce, tu as foutu ma soirée en l'air ! Mais c'est comme ça que je les aime les soirées ! Je t'en ficherai de la cannelle et t'as d'la chance que je barbouille pas ton fichu sourire en coin de crumble avec sa crème… Qu'est-ce que je fais de toi maintenant… - Je murmurai : " D'abord, enlève-moi ces souliers… " - P.-J. : " Et si je les enlève, qu'est-ce que je gagne ? " - Je répondis au hasard : " Une gifle ou un baiser ", et tous de reprendre en chœur : " Une gifle ou un baiser ! Une gifle ou un baiser ! "
P.-J. souleva sa tête de gorille et je me vis dans l'obligation de flanquer une gifle à Pierre et de donner un baiser à Jacques. L'assistance était déchaînée. L'être hybride qui me faisait face projeta sa tête factice sur les pots en faïence qui surmon- taient la cheminée et qui volèrent en éclats. La " foule " survoltée courait autour de la table en scandant " Ca-nnelle, ca-nnelle ! Une gifle et un baiser ! "
Pierre enleva un soulier qu'il jeta au travers du lustre de la salle à manger. Quant à Jacques, il ôta l'autre chaussure qui " vola dans l'atmosphère en sifflant comme un merle " (merci Mr. Vian…). Quelqu'un avait poussé la musique au maximum et on pouvait maintenant s'imaginer sur une île infestée de scorpions, au large du Yémen !



"Où est le monstre ?" de Nadine CHEVALLIER

Bonjour à tous !
Mes chers amis, mon nom est Satan. Voici plusieurs siècles que l'on me prend pour ce que je ne suis pas ! Jamais ! Jamais, je n'ai pendu personne par les pieds !...
Jamais ! Jamais, je n'ai fait bouiller quelqu'un dans un immense chaudron de cuivre !...
Jamais ! Jamais, je n'ai acheté l'âme de qui que ce soit contre la promesse -idiote!- de bâtir un pont en une seule nuit !...
Tout ça, ce sont ragots de bas étage et racontars colportés par des grenouilles de bénitier dont la charité et la bonté sont les principaux défauts... qualités ?! Ces gens là sont sans doute capables de telles atrocités pour en accuser les autres... pour m'en accuser, Moi !
Moi qui ne suis qu'un pauvre diable...
Je ne suis pas le monstre que vous croyez !...
D'ailleurs est-ce que j'existe seulement...
***
Non !!!
Non, mais attendez, là ! qu'est-ce que vous croyez ? Que je vais laisser faire sans rien dire ? Qu'est-ce que vous me reprochez à la fin ?
quoi ?
De n'avoir pas fait mon boulot ? D'avoir écrit seulement trois lignes ? Et alors ?!
"Etre concis", vous avez dit !
"Pas trop long", c'est écrit là, noir sur blanc, j'ai bien lu ! Si ! Si !
Bien sûr, pour vous c'est facile, c'est vous qui inventez le sujet... Il s'entraîne avant... Il prépare son texte à la maison... Il le répète... Il l'apprend par cœur... Facile pour un acteur... Et hop ! Arrivé ici, il le recopie et nous fait croire qu'il vient de le sortir tout droit de son esprit fécond !
Ah ! Si j'étais à votre place... Mais là, je rame, je m'épuise, je me coagule les méninges sur des monstres hypothétiques...
Et arrêtez de rire, s'il vous plaît ! Ce n'est pas drôle du tout !... Quoi ? vous dites qu'il faut se faire plaisir, qu'il ne faut pas que ce soit un martyre ?... Aïe ! Martyre moi-même ! Arrêtez ! Vous me dites ça maintenant ? Après trois heures de prise de tête ... C'est qui le monstre ici ?
C'est bien la dernière fois que je viens, tiens ! Marre de me faire torturer comme ça ! ...
Bon, allez, je blaguais ! Je ne vous en veux pas..., c'était pour rire... c'était pour faire le monstre !
Sans rancune ?...
Je reviendrai en avril !

 

"Tumulte dans un crâne" de Janine NOWAK

" La beauté cachée des laids, des laids,
Se voit dans délai, délai ".
Vingt ans qu'il est mort, notre Gainsbourg - Gainsbarre.
Une petite pensée pour lui, au passage.
Hé bien moi, j'ai un gros point commun avec cet artiste : ma beauté est intérieure.
Ah, que de belles envolées lyriques n'a-t-on pas fait sur le thème !
Foutaises ! Foutaises ! Foutaises !
Pas commode pour la drague………….. la beauté qui n'est qu'intérieure !
Et pourtant lui, il y arrivait, le bougre. Et il séduisait les plus somptueuses créatures, encore. B. B……. Ah, B.B. au temps de sa splendeur… Dire qu'il l'a tenue dans ses bras, le salaud ! Jaloux moi ? Pas du tout. Je n'ai pas ce défaut.
D'ailleurs, des qualités, j'en ai. A revendre.
Je ne suis ni jaloux, ni envieux. Et même, j'irai plus loin : je suis admiratif. Oui, la réussite des autres, me fait plaisir pour eux. Sincèrement.
Ce n'est pas digne d'une grande âme, ça, peut-être ? Je suis pétri de bons sentiments, vous dis-je.
Pour en revenir à ma bobine : " je ne suis pas moche, j'ai un physique difficile " (là, je plagie Thierry Lhermitte qui parle d'Anémone dans le " Père Noël est une ordure ").
Bon, je ne fais quand même pas peur aux enfants…enfin, tout juste.
Ah, ce n'est pas toujours facile pour moi.
Alors du coup, parce que je suis très poilu, parce que mon regard qui sonde les autres comme une vrille, dérange, met mal à l'aise, on aurait tendance à me classer dans la catégorie " des méchants ".
Vous connaissez le roman de Simenon " Les fiançailles de Monsieur Hire ", qui a été porté à l'écran sous le titre de " Panique " et interprété par le génial Michel Simon ?
Ben voilà, c'est moi.
C'est un sombre mélo. Où l'on voit le gentil Michel Simon effrayer tout le monde alors qu'il a le cœur sur la main. Il passe pour un satyre, une brute, et pourtant il n'a que de bonnes intentions.
C'est moi tout craché.
Je n'ai jamais rien fait de mal à qui que ce soit, mais on ne m'aime pas. Va savoir pourquoi ? Un mot aimable à la petite fille des voisins ? Vite, sa mère la rentre chez elle, en me jetant un regard noir.
Je veux aider une vieille dame à traverser la rue ? Elle se cramponne à son sac, le hurlement au bord des lèvres.
Quant aux femmes…
Parlons-en des femmes…
Je n'essuie que moqueries et rebuffades.
Une fois, pourtant, j'avais su faire deviner les bons sentiments que je cache sous ma rude façade. Cette petite femme était un ange de douceur et de compréhension. Je suis allé jusqu'à envisager le mariage…
C'est là que ça s'est gâté.
Sa famille, déjà, me tolérait avec difficulté. Mais à l'idée que leur fille, l'adorable Isabelle Charmasson (comme elle portait bien ses noms, associant " belle " et " charme " !), puisse devenir madame Tronchu… !!! ( Hé oui, en plus… ) a été au dessus de leurs forces.
Oh, et puis, il n'y avait pas que le nom… et si les futurs enfants allaient ressembler à leur père… ???
Une fois de plus je me suis incliné.
Fin de la romance.
Il y a des gens marqués par le destin
" Je suis marqué, par le destin,
C'est comme ça, y'a rien à faire ".
C'est Fernandel qui chantait ça, jadis. C'était l'histoire d'un pauvre bougre à qui rien ne réussissait.
Pour en revenir à moi, les gens imaginent que je suis le bruit, la fureur, le tumulte et le fracas réunis, alors que je ne suis que douceur et délicatesse.
Je n'ai aucune tare. J'ai un Q. I. au dessus de la moyenne. Mais oui ! Mon métier est intéressant et rémunérateur. J'ai les pieds sur la terre ; j'ai même fait la démarche d'aller consulter un psychiatre pour m'assurer qu'il n'y avait en moi, aucun dysfonctionnement. On ne sait jamais… on se connait mal.
Verdict : impeccable, le bonhomme.
Alors, pourquoi, pourquoi ?
J'apprécie la poésie, la grande musique. J'ai de la culture. Je suis très raffiné. J'aime les promenades bucoliques, les fleurs, la nature, les animaux.
Mon chat m'aime. Oui, il m'aime tendrement, lui.
Depuis quelques temps, j'ai tendance à me replier sur moi-même.
Et si les méchants, c'étaient les autres ?
Et si, celui qui a dit : " L'enfer, c'est les autres ! " était dans le vrai ?
Moi, j'avance, la main tendue, en quête d'amour et d'amitié, et surtout, SURTOUT, souhaitant DONNER amour et amitié.
Et systématiquement, on me tourne le dos, ne m'offrant que méfiance et mépris.
C'est dur. Ah, c'est dur ; mais que faire ?
On ne peut pas forcer les gens à vous aimer !
Je suis tout ce qu'on veut, sauf un misanthrope. Le monde m'attire et je souffre d'être mis à l'écart. Bon Dieu, oui, que je souffre !
Et pourtant, je ne veux pas renoncer !
Il doit bien exister de par le monde, des êtres " au dessus de ça ", prêts à m'accepter  ?
J'ai foi en l'humanité.
Je n'ai pas encore essayé les clubs, les associations.
Le théâtre d'amateurs, peut-être ? Là, je pense ( enfin, j'espère ?) que je trouverais des gens larges d'esprit, qui ne me jugeront pas sur mon physique. Les artistes, c'est plus cool, non ?
Et si le rôle de Quasimodo se présente, gageons qu'il sera pour moi !
Je n'ose espérer obtenir celui du jeune premier ! ! !

Les textes présentés ci-dessus sont sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont quasiment le fruit brut qui a été cueilli en fin de séance... sans filet !
Retour page Atelier d'écriture