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SAMEDI
14 mars 2026 dans le cadre du Cycle "Techniques fécondes, tonique faconde - année 3" Animation : Régis MOULU Thème : Passer par l'instabilité pour renforcer sa créativité Et
si, bizarrement, être créatif supposait de s'autoconditionner
de manière à se sentir fragile ? N'avez-vous pas remarqué,
par exemple, que c'est quand on est fatigué que les idées
viennent malgré soi et sont proférées d'une façon
brute ou simple qui est incroyablement inédite, belle, singulière
et touchante ? Se
lâcher et se relâcher, sortir de nos conforts, imaginer qu'on
est au bord du vide deviennent alors des modes de création efficaces
comme lorsqu'il nous faut être clair et aller à l'essentiel
face à une urgence. Nous avons donc basculé dans cette expérience
afin de nous étonner nous-mêmes ! Remarque
: au-delà de la contrainte formelle
(thème), le sujet suivant a été énoncé en début de
séance : Écrire un texte où la trajectoire de votre protagoniste passera
de l'état d'être tétanisé d'effroi (début) à celui d'agir excessivement
et frénétiquement. Par ailleurs, il comportera ces 10 mots : astuce (une)
/// barbe (une) /// bomber/se bomber /// chou (un ou adj.) /// crevé/e
/// diviser /// éclatement (un) /// gris/e /// innommable /// pourrir |
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Ci-après
quelques textes produits durant la séance, notamment (dans l'ordre):
- "Leucosélidophobie transitoire ?" de Nadine CHEVALLIER
"Quand notre respiration ne nous appartient plus" de Régis MOULU, animateur de l'atelier Pour chacun d'entre nous, il y a des jours sans. Après avoir mangé un couscous, Armand l'éprouva lui aussi. Ce fut un choc. Et pourtant, cet épisode avait commencé avec plein de promesses. Géraldine, sa compagne, hier soir, s'était mise en cuisine. Préparer un couscous digne, c'est déjà un grand voyage dont le port d'embarcation se trouve au marché : choisir ses légumes à n'en voir plus que couleurs et saveurs, humm, et désigner de l'index des morceaux de viande comme un empereur passerait en revue ses troupes, avec un sourire rentré, avaient été vécu de la façon la plus élective qui soit. La réjouissance de faire ensuite apparaître un bon repas permettrait d'éplucher les légumes et de calibrer savamment les temps de cuisson. Armand, ce soir-là, n'était pas rentré. Ou trop tard. Ou trop ivre pour qu'ils se soient réellement croisés. Encore amoureuse, enfin " davantage folle d'espérance ", Géraldine lui avait donc dressé un bento bourré à craquer. Ce serait son déjeuner de la pause travail du lendemain, oh la belle astuce ! Armand est un beau bûcheron, un solide équipier, un " travailleur sans limite de bras ". Grosse matinée où il fallut remettre en état un chablis dans le secteur escarpé de Corneville-les-Vagabondes. Dès la descente du camion Berliet, l'équipe s'affaira comme des bêtes. De la sueur régénérante telle une grosse pluie tomba sur la région. Scies et haches finirent par être les seuls oiseaux locaux. Éclatements de cris d'efforts mis à part, tout porte à croire qu'ils avaient dû se reconnecter à notre " primitivité utile ", celle qu'on croise tous une fois au moins dans sa vie. Et quand midi s'avança plus nettement, ils réalisèrent enfin qu'ils étaient crevés. Leurs faciès étaient comme gris, on aurait dit du tweed " marron-fièvre ". Armand sortit son bento chéri. Hector sa pomme pourrie.
Romuald sa cuisse de poulet rôti, Jean-François son stratifié de pain
de mie au salami. Ici, on mange comme on chante, avec rythme, sans réel répit. La forêt s'adapta en devenant particulièrement calme. Seuls les insectes, agités comme des névroses, tissaient leurs réseaux routiers de façon invisible, au final une grosse choucroute ! Les moustiques les plus audacieux, ceux qui se profilaient déjà en outres que la quantité de sans excessive rendait ivres n'échappèrent plus aux claques, finirent en flaques. Un cri de douleur retourna les terres. Il y eut un avant
et un après. Le supplice avait remplacé le visage d'Armand, abusa du
violet. Et ses tripes couraient toutes seules à l'intérieur de son ventre,
s'agitaient à l'idée de trouver illico une sortie. Il fallut brusquement gravir la montagne, s'inventer une grotte où se réfugier. Cela fut fait au moyen de ses nerfs exclusivement. Il ripa plusieurs fois tel un cheval sur un petit chemin rocailleux, peu importe où vont les sabots, la cheville reste droite. Un mystère ? - non, il est juste question de notre instinct de survie résurgent. Il s'allongea comme on s'affaisse, au pied d'un gros roc au flanc creux, et constata très vite que la douleur joue les anesthésiants. Arriverait-il à renaître comme chou se développe ? Il mit ses mains sur son visage. Se lamenta. Pensa. Se
fustigea. Douta de tout. Remit tout en perspective. Perdit raison. Se
releva, regarda au loin là où les oiseaux rentrent chez eux, pleura,
se reprit, se mit à marcher là où son destin l'attendait déjà, tenta
de combler ce retard, se retrouva finalement devant une maisonnette
au milieu d'un clairière tel un flan dans sa trop grande assiette, fut
traversé de mille pensées. Il s'approcha prudemment, de ce fait ensevelit ses douleurs passées : adieu couscous ! Les vitres de la fenêtre élue étaient bien sales, leurs poussières calibrées comme du sable dressaient leur désert vertical. Ici rien ne vit, rien ne respire, apparemment. Il se résolut à tester la porte, l'ouvrit en un tour de main… et se figea tout net devant un chien. Peut-être un malinois, mais en partie seulement. Un hybride pour sûr, avec une moitié sans référence. Chacun plongea ses yeux dans la profondeur infinie de ceux de l'autre. Quelques siècles après, une fois qu'ils s'étaient bien fouillés l'âme, Armand comprit que sa respiration ne lui appartenait plus. D'ailleurs il se mouvait désormais comme un sauvage, c'est-à-dire avec l'hypersensibilité qu'on ne connaît plus qu'en étant nu. Le parquet craquait, et le mobilier n'était plus que simple relief à escalader dans le but de s'attribuer une position dominante. Un jeune couple arriva, prit peur, repartit. Entre-temps eut appelé le " rendu chien " qui ne bougea pas d'un coussinet. Armand élut domicile dans le panier de l'animal, s'endormit, fit des rêves de chien ou assimilés, fut ceinturé par la police et embarqué.
"Leucosélidophobie transitoire ?" de Nadine CHEVALLIER, texte écrit hors séance mais dans les mêmes conditions Elle est tétanisée. Devant elle s'étend ce vaste espace
blanc. Comment va-t-elle réussir à le traverser ? Elle frissonne, transpire,
tour à tour. La peur de l'échec la fait reculer d'effroi. C'est impossible.
Jamais elle ne pourra se lancer dans le vide, un vertige la saisit,
une nausée lui soulève l'estomac. Des mots sans suite tournoient dans
son esprit enfiévré. Est-il possible de lutter contre ce maelstrom innommable,
d'y trouver un sens, de le ralentir ? Elle s'efforce de respirer, bombant
le torse, emplissant ses poumons de l'air tiède, le ressentant au plus
profond d'elle, n'en trouvant pas l'apaisement. Elle s'efforce de s'étirer,
bras en arrière, serrant les poings, tendant les jambes sous la table,
les repliant. Elle s'efforce de bien poser ses pieds au sol, ressentant
la fraîcheur du carrelage à travers ses sandales. Elle se demande pourquoi
elle est là, pourquoi elle s'oblige à cette tâche impossible. Mais c'est
elle qui a choisi. Comment reculer maintenant ? Quelle astuce trouver
pour y échapper ? Un mal de tête ? Une crise de gastro ? Un AVC ? L'éclatement
d'une artère ? Un infarctus ? Mourir ? Carrément ! Elle imagine, le
désarroi de l'assemblée, son affolement, les pompiers, le SAMU, la tentative
de réanimation, la police bien sûr. Serait-ce un meurtre ? Tous suspectés
jusqu'à l'autopsie qui révèle une mort naturelle... Elle sourit, se
rendant compte que son imagination ne connaît pas de bornes pour envisager
toutes ces solutions plus pourries les unes que les autres. Et elle
se sent soudain plus légère. Elle se met à observer ses voisins. Dans
ce lieu comme divisé en îlots besogneux, chacun est centré sur son espace.
Elle ne les connaît pas, les rencontre pour la première fois. Les prénoms
ont bien été échangés mais dans la panique où elle se trouvait, elle
a tout oublié. La plus proche, une jeune femme blonde semble très concentrée,
elle lève la tête, les yeux à demi fermés. Plus loin, un homme à la
barbe fournie, lunettes à montures dorées, elle imagine un espion, genre
James Bond. Mais non, elle n'aime décidément pas les barbus. Le jeune
homme à côté est plutôt chou, presque un gamin, blondinet, les cheveux
en bataille sur le crâne mais rasés sur les tempes selon cette mode
qu'elle déteste. De l'autre côté, deux femmes aux cheveux gris, assez
âgées ma foi, plus âgées qu'elle en tous cas. Toutes les deux se penchent
sur leur copies avec une application de bonnes élèves. Peut-être d'anciennes
profs de français ? Ou pas ? Elle constate soudain que sa peur a faibli.
Comme un pneu crevé qui perd son air petit à petit, elle s'est dégonflée,
a perdu de son emprise. Si tous peuvent le faire, pourquoi pas moi ?
Peut-être y a-t-il un espoir, même si le temps passe et qu'elle en est
toujours au point de départ. Cette idée la laisse de nouveau démunie
face à la difficulté de se lancer. Mais ne serait-ce pas la honte de
sa vie de laisser tomber ? " Saurai-je faire aussi bien que tous ces
gens ? " se demande-t-elle. Mais est-il nécessaire de faire aussi bien
? Comment calcule-t-on ? Ici, pas de notes, pas d'appréciation. Elle
prend alors son stylo et écrit " la difficulté de se lancer ". Pourquoi
pas ? N'est-ce pas un bon début ? Aussi bon que n'importe quoi d'autre,
se dit-elle. Alors, la voilà partie, elle se jette dans le vide, elle
s'envole, elle écrit. La page se couvre de son écriture vive. Elle écrit
pendant les quelques minutes qui restent, elle écrit sa peur, elle décrit
ses voisins, elle écrit son malaise. Elle écrit " Elle est tétanisée.
Devant elle s'étend ce vaste espace blanc... |
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| Les textes présentés ci-dessus sont sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont quasiment le fruit brut qui a été cueilli en fin de séance... sans filet ! | |