SAMEDI 11 avril 2026
de 14h00 à 19h00

dans le cadre du Cycle "Techniques fécondes, tonique faconde - année 3"

Animation : Régis MOULU

Thème : Ajouter le piquant du désir, voire du sexualisé

Quelle grande et belle dimension l'humain gagne-t-il lorsqu'il se sent être un "être de désir/s" ! Dès lors cette dynamique passionnelle peut abolir toutes les frontières en plus de permettre de se lancer dans toutes entreprises. Voyez comme l'art du peintre Gustav Klimt est puissant, irréfrénable, incompressible, sublime ! C'est donc par ce ressort que nos écrits ont été animés lors de cette expérience menée à coeur battant.

Remarque : au-delà de la contrainte formelle (thème), le sujet suivant a été énoncé en début de séance : Écrire un texte qui consiste à révéler une affaire qui a fait/fait/fera/peut faire scandale et dont l'imaginaire collectif multipliera les détails parmi lesquels se glissent des affabulations.
Pour stimuler et renforcer l'écriture et les idées de chacun, un support contenant, notamment, tout ce qui formellement instille du désir dans un écrit a été distribué en ouverture de session.

 

 

 

 

 

Ci-après quelques textes produits durant la séance, notamment (dans l'ordre):


- "Le scandale de l'accélération de la vie" de Régis MOULU

 

 

"Le scandale de l'accélération de la vie" de Régis MOULU, animateur de l'atelier

La petite fille pleure. Désemparée. " Impossible avenir " lui semble-t-il. Tout s'arrête. Le ventre qui grouille. Comme sous une mêlée de rugbymen. L'horreur. La pire horreur tant un enfant, ça n'a pas encore vécu.

Sa grand-mère est sidérée. Profondément triste. Bouleversée. Comme morte, juste par empathie. " Au fait, c'était quoi être jeune ? " s'opposa-t-elle ! Sans succès : son corps ne répondant plus telle une vieille bâtisse qui peine déjà à être à jour dans ses simples réparations. Et pourtant, elle se lance vers la mignonette à la faveur de ses petits pas. Interminables. Avec le courage qui officie en tant que moteur. C'est beau et c'est difficile. C'est héroïque et pathétique. Grand-mère est une sublime femme.

La petite boit la tasse de ses sanglots. La terreur qu'elle loge en elle a la tête d'un clown maléfique. Son petit corps inerte est celui d'une poupée. Son faciès de porcelaine est blême. Le pays des morts vient de la prendre en vacances.

Grand-mère Hortense la ceint de toute sa chaleur fugitive, peu probante. L'embrasse au front, sur la joue, l'autre joue, pleure avec elle. Long silence de désarroi. Telle une ancre, Bégonie continue à descendre dans les profondeurs de son âme débutante.

Grand-mère Hortense. - Qu'as-tu Bégonie ?

La fillette ne sait plus faire de phrases, ne répondra pas.

Grand-mère, farouchement motivée :
Grand-mère Hortense. - Aurais-tu croisé un problème plus grand que toi ?

Les yeux de la petite fille s'agrandissent.

Grand-mère Hortense. - Raconte-moi cette histoire comme moi je t'ai raconté plein d'histoires.
Bégonie. - Mamie, je ne vais pas bien, pas bien pas bien du tout !
Grand-mère Hortense. - Ça je l'ai vu, Bégonie chérie. On va faire un jeu : tu vas parler à la place de ton ventre, mon cœur t'écoute.

La gamine, d'abord sujette à une grande reniflade, a le visage qui se déplie, qui reprend un peu de rose à la vie, compte de nouveau parmi les humains. Touchant baptême.

Bégonie. - Mamie Hortense, j'ai peur de ma vie, elle va de plus en plus vite, et je n'arrive pas à vieillir autant. Tout ça c'est très moche, et très méchant. Et puis surtout je ne suis plus Bégonie !

Et le petit corps refait la pomme d'arrosoir.

Grand-mère Hortense. - Mon vieux cœur te remercie, Bégonie. J'ai compris ce que tu as dit, j'ai tout compris. Car tout est vrai, tu es drôlement observatrice, bravo ! Le problème est que je pense la même chose que toi : aide-moi à trouver des solutions, je suis encore une petite fille, plus petite que toi, s'il te plaît aide-moi !

Bégonie est estomaquée. Car elle aime sa grand-mère même si elle n'accepte pas de la voir être une vieille charpente régie par la loi de la lenteur. Une grand-mère, peut-elle avoir été jeune une fois de sans vie ?
Et c'est à ça qu'elle songe, presque avec malice. Et avec colère, tant elle n'est plus, désormais, la plus jeune de la famille, le bébé de tout le monde. Chagrin, crainte et rage animent sa présente moue. La petite se voit d'un coup regonflée d'une vitalité animale. L'envie de casser l'objet qui sera le plus proche, c'est fait. Les ciseaux de couturière viennent de se planter dans le coussin du canapé. Le chien imprimé est crevé, défunte décoration. Du sang perle de sa menotte bouffie de jeunesse. Étonnement. Dégoût. Contrariété… et surtout plaisir d'une expérience nouvelle, de celle qui instaure les " avant/après ".

La vieille femme est dépassée. Nuage de drames soudains qui embrouille sa vue. Et ce n'est plus avec sa voix de conteuse qu'elle relança son " aide-moi " qui prit cette fois-ci cette forme :

Grand-mère Hortense. - Et que ferait Fantômette ?

Avec ça, Bégonie est complètement partie ailleurs ! Dans son fertile imaginaire. Est-ce une si bonne chose que cela ? Et Hortense, désemparée, presque paniquée, d'enchérir par :

Grand-mère Hortense. - Ou Dora l'exploratrice ? ou une girafe ? un papillon à trois couleurs ? un Mickey ? Picsou ? Sam le pompier ou même Mario le plombier ?

Là on pouvait dire que l'aïeule s'était essorée " la boîte à idées " !

Grand-mère Hortense. - Imagine, Bégonie, juste imagine, puis parle pour eux !
Bégonie. - Euh… Creuser un grand trou, car seuls les trous ne bougent pas ! Ou alors… trouver la machine du temps qui s'est déréglée et arracher ses piles. Ou bien, je sais, je sais : chercher un escargot, prendre son sang et nous le mettre dans les veines. Ou encore, tous habiter dans un grand congélateur… qui existe, c'est le Pôle Nord. Ou alors créer une police du frein. Obliger les nouveaux chercheurs à inventer des ralentisseurs sous forme de grosses gélules rouges. Ou insérer une puce électronique demi-paralysante à tous les bébés dès qu'ils sont des enfants. Ou trouver où se cache " le grand sage du temps constant " et le faire passer sur toutes les télés. Ou alors, qu'on soit tous vieux comme ton corps, Mamie !

La petite était devenue complètement débile.
Un moulin à paroles sans répit et à gros débits.
Mais qui pense ne pleure pas.
Qui pense n'est plus une bête insupportable pour les autres.

Cela requinqua la vieille, heureuse d'avoir été un soulagement pour plus vigoureux qu'elle. Elle arborait maintenant le sourire de l'espoir, cette contagion spécifique aux humains.
L'enfant ne saignait plus.
Sur le splendide mais poussiéreux tapis persan, une tâche aux contours inédits comme le sont ceux d'un continent l'ornait désormais, comme pour immortaliser le sacrifice qui vient de s'y dérouler, celui de la vérité à laquelle on préfère les contorsions oiseuses de l'imagination.

Mamie Hortense avait prévu pour le goûter un somptueux tiramisu. Elle sait bien les faire. Elle a surtout bien identifié les goûts de la petite. On s'en gobergea. Jus d'orange multivitamines à volonté. Surprise, joie, sérénité et confiance en son estomac furent encore pendant longtemps les rois et les reines de cette famille sans histoire et sans avenir.

Les textes présentés ci-dessus sont sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont quasiment le fruit brut qui a été cueilli en fin de séance... sans filet !
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